Le communautarisme catholique


Après le Ralliement – Léon XIII, Albert de Mun… – contre la perspective duquel Mgr d’Hulst lutta pourtant pied à pied (1) ; après le Grand Parti Catholique de Pie XI et du général de Castelnau dont, seulement trois ans après sa création, Mgr Baudrillart constatait l’échec patent (2) ; sans même parler de la folle politique de la Démocratie Chrétienne de Francisque Gay ou du Mouvement Républicain Populaire de l’après-guerre, la création d’îlots de résistance est-elle une nouvelle illusion proposée aux catholiques ?


L’histoire des chrétientés d’Orient ne montre-t-elle pas clairement que ceux-ci, noyés dans un océan hostile, sont, à plus ou moins long terme, destinés à être balayés et à disparaître ? Les descriptions du déclinisme auquel succombent lentement la civilisation occidentale et particulièrement la France sont nombreuses et il n’est pas de semaine qui ne nous apporte le constat de l’un ou l’autre de ses médecins : qu’ils dénoncent le « politiquement correct », l’« historiquement correct », voire le « moralement correct », très bien. Mais lequel d’entre eux pousse la rigueur intellectuelle, comme un Le Play ou un Maurras, jusqu’à remonter aux causes ?

Sous nos yeux, les remèdes courageusement et patiemment élaborés sont, un à un, annulés d’un trait de plume. Le dernier en date : l’interdiction de l’école à la maison par un groupement de familles.


Il n’y a jamais eu en France de grand parti catholique. Le rejet de la civilisation - si l’on peut lui donner ce nom - matérialiste et laïque est l’œuvre de petits groupes, souvent rivaux, parfois, et même de plus en plus souvent, unis, aux objectifs généralement limités, dont les promoteurs ne semblent avoir aucune idée de l’origine des malheurs qu’ils combattent.

Le dépeuplement de la France par rapport à ses voisins européens, les ravages matériels et moraux de trois guerres successives sur son sol « mal défendu », ne semblent relever, pour les meilleurs esprits de notre époque, que d’une fatalité historique et cet abaissement de leur horizon conduit, après l’éparpillement des efforts que nous évoquions à l’instant à ces querelles où nous les voyons maintenant s’engager à propos de la constitution d’une sorte de ligue, digue rendue illusoire par l’absence d’un chef incontesté et d’une doctrine salvatrice.


La France dont on évoque « l’âme » a eu suffisamment de Saints et de rois pour que les meilleurs de ses enfants, aux XXe et XXIe siècles comprennent que, si la cause du mal - à travers une politique - est satanique, le remède, s’il est aussi du domaine du surnaturel, c’est également à travers une politique que les hommes peuvent le mettre en œuvre.


L’Arménie a été le premier royaume chrétien. Si, comme l’écrit Jacques Trémollet de Villers, dans son éloge de Georges Bordenove - Présent du 21 mars - nous ne résolvons pas la crise institutionnelle dont elle souffre depuis deux cent ans, « en lui redonnant l’incarnation souveraine dont elle a besoin pour durer et s’épanouir », la France aura-t-elle été le dernier ?



(1)  « En France, écrit-il en 1885, la République est ce qui nous divise le plus. Historiquement, et presque fatalement (par suite de la domination des sectes maçonniques qui se sont emparé d’elle), cette forme de gouvernement est confisquée au profit du parti de l’impiété. Mais si elle a cet inconvénient aux yeux de tous les catholiques, elle en a bien d’autres aux yeux de beaucoup de Français. Elle est, pensent-ils, le régime de l’instabilité gouvernementale, du désordre économique, de la faiblesse et de l’isolement dans les relations internationales, etc. » (Alfred Baudrillart : Vie de Mgr d’Hulst, tome II, page 286).

(2) « … Voilà la pétaudière politique. Hélas ! il y a aussi la pétaudière catholique. Aujourd’hui la cardinal Verdier publie une lettre qui est l’apologie de l’ACJF attaquée avant-hier matin par Castelnau. Que nous sommes loin de cette audience pontificale du 29 décembre 1929 - trois ans - où le pape sembla donner la France catholique à deux chefs, le cardinal Verdier et le général de Castelnau, enfin mit tout son espoir dans l’action catholique que l’on allait organiser. Elle existe aujourd’hui sur le papier, mais elle n’aboutit à rien. » (Carnets, 25 novembre 1932).


PS – A ces réflexions, j’ajouterai ces quelques lignes que je trouve, sous la plume de Jean Madiran, dans Présent du 5 avril 2007 : « A la question : que peuvent faire les catholiques pour leur patrie, Etienne Gilson répondait :

- INDIVIDUELLEMENT : priez et rendez-vous meilleurs ; POLITIQUEMENT rien, parce que politiquement, en tant que catholiques, vous n’existez pas.

Vaste question, non résolue en France depuis bientôt un siècle. »

Retour à l'accueil