Quelques citations 
 

Saint Pierre Fourier 

« Ceux qui détiennent des bénéfices ne sont rien d’autre que les procureurs des pauvres. » 

cité  par Hélène Derréal dans Un Missionnaire de la Contre-réforme, Saint Pierre Fourier et l’Institution de la congrégation de Notre-Dame (Librairie Plon, 1965) 
 

Paul Bourget 

« Quand les énormes fortunes de Bourse n’auraient que cet avantage de sauver de la ruine définitive les quelques chefs-d’oeuvre de notre architecture nationale échappés à l’imbécile vandalisme des « géants de 89 », il faudrait pardonner tous leurs méfaits aux pires loups-cerviers de la spéculation. Leur fantaisie de nouveaux-riches, en s’installant dans d’antiques maisons, que leur argent leur permet d’habiter royalement, corrige, du moins sur un point, celui du maintien de ces seigneuriales demeures, la funeste action du Code Civil. On sait de reste que le titre premier du troisième livre de ce recueil de nos abus, par son règlement des héritages, est sans doute, entre les erreurs issues des faux dogmes révolutionnaires, la plus meurtrière, la plus perfidement aménagée pour empêcher en France toute œuvre durable de création et de conservation. Quelle fortune patrimoniale résiste au partage forcé, et comment, sans opulence, préserver ces magnifiques habitations que les bienfaisantes substitutions d’autrefois nous ont léguées, comme des témoins d’un âge où les familles trouvaient, dans la plus sage des coutumes et la plus sociale, le secret de durer ? Sur ce point encore, l’aristocratie d’argent a, de nos jours, pris la place de l’autre, et elle en emplit les fonctions. Si un Nortier ne s’était pas rencontré pour avoir envie de Malenoue, les briques des tourelles se seraient déjà abîmées dans les douves, des cochons grogneraient dans la cour du château, transformé en ferme dans ses portions solides. Les hêtres séculaires du parc auraient été coupés, les pièces d’eau, où les cygnes glissent si noblement en hérissant les plumes de leurs ailes, auraient été desséchés. Ces deux cents hectares de bois auraient été morcelés en un millier de champs de luzerne et de pommes de terre. Tout ce vallon, auquel la pauvreté du sol a fait donner jadis ce surnom de Malenoue - du vieux nom patois « noue », la « nava » des Espagnols, qui signifie prairie - offrirait le triste spectacle d’une culture mercenaire et de maigre rapport, au lieu qu’il forme autour du précieux manoir la plus délicieuse oasis, en été de fraîcheurs ombreuses et vertes, en automne de splendeurs pourprées et dorées. » 

Un Homme d’affaires (1900) 
 

Léon Bloy 

« 1er octobre 1914 – Très belle lettre de Jeanne Boussac : 

- … Souvent, alors que j’étais dans l’angoisse terrible de ne rien savoir de mon mari, je pensais à vous comme à l’âme en qui furent les plus grands tourments et sur qui toute souffrance s’est essayée, sans pouvoir interrompre son cantique à la Gloire de Dieu. Je pensais à votre force et je pensais à regarder ma souffrance avec vos yeux qui changent les valeurs des choses et découvrent, en celles qu’on redoute, des richesses et des joies inconnues. Je m’efforçais aussi d’imaginer votre Journal et de deviner comment les événements de ces jours y venaient s’inscrire, nus de tout ce qui est anecdotique et contingent, dépouillés de tout ce qu’on est si fatigués d’entendre dans ces temps de bavardage et de cordialité générale, réduits enfin à leur poids divin. Votre dernière lettre, c’était comme une page détachée pour moi de votre Journal, comme une promesse de la joie précieuse que nous aurons plus tard à lire ce septième volume. » 

Au seuil de l’Apocalypse, Journal 1913-1915 
 
 

Ernst Jünger 

« Kirchhorst, 25 août 1945 - Les journaux rapportent que Pétain a été condamné à mort. De Gaulle a commué la peine en détention à vie.

En signant l’armistice de 1940, Pétain faisait ce que son peuple entier souhaitait du fond du cœur, considérait comme la seule solution. Décision qui a dû peser lourd au vainqueur de Verdun. J’ai vu les colonnes de prisonniers qui se traînaient à travers la poussière des routes, sous la chaleur torride de juillet, et qui acclamaient son nom comme celui d’un sauveur.

S’il y avait eu, à sa place, un Gambetta, la France serait aujourd’hui aussi complètement ruinée que l’Allemagne. De Paris, il ne resterait plus sans doute pierre sur pierre. La poursuite de la guerre eut entraîné l’occupation de la France entière, et de l’Afrique du Nord, et probablement l’entrée en jeu de l’Espagne. » 

La cabane dans la vigne, journal IV 1945-1948

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