Charles de Foucauld au Maroc


Loin des remugles anticolonialistes qui, depuis des décennies, empoisonnent l’air que nous respirons, nous trouvons dans la lecture du livre de René Bazin : Charles de Foucauld explorateur du Maroc, ermite au Sahara, les vues les plus lucides et les plus courageuses sur les conditions de l’avenir de la civilisation dans un monde toujours cerné par la barbarie.

Après sa conversion, la première mission que se fixa le Père de Foucauld, hanté par le désir de sauver les âmes qui, dans cette Afrique immense et abandonnée, mouraient sans savoir que le Fils de Dieu était mort pour chacune d’entre elles, fut l’exploration du Maroc.

Je ne retracerai pas ici les péripéties de cette expédition, notant seulement qu’il trouva dans ce pays interdit à l’étranger, des amis secrètement favorables à l’influence française et des populations qui, dans leur misère et leur malheur, souhaitaient et attendaient l’arrivée de la France. A Taza, cité située à une centaine de kilomètres à l’est de Fez et perpétuellement soumise aux pillages d’une tribu nomade, « j’ai eu le spectacle inattendu d’une ville où tous les habitants, musulmans et juifs, ne rêvent qu’une chose : l’arrivée des Français...  Que de fois, écrit-il, ai-je entendu les musulmans s’écrier : « Quand les Français entreront-ils ? Quand nous débarrasseront-ils enfin des Riata ? Quand vivrons-nous en paix comme les gens de Tlemcen ? » Et de faire des voeux pour que ce jour soit proche ; l’arrivée n’en fait point de doute pour eux ; ils partagent à cet égard l’opinion commune à une grande partie du Maroc oriental, et à presque toute la haute classe de l’empire... »

Et plus tard, à Tisint, dans le sud du Maroc : « Tous les Hadjs, familiers avec les choses et les gens des pays lointains, voulurent me voir. Une fois de plus, je reconnus les excellents effets du pèlerinage (de la Mecque). Pour le seul fait que je venais d’Algérie, où ils avaient été bien reçus, tous me firent le meilleur accueil. Plusieurs - je le sus depuis, - se doutèrent que j’étais chrétien (1) ; ils n’en dirent mot, comprenant mieux que moi peut-être les dangers où leurs discours pourraient me jeter. L’un d’entre eux, le Hadj Bou Rhim, devint dans la suite, pour moi, un véritable ami, me rendit les services les plus signalés, et me sauva des plus grands périls ».

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