U N  S I E C L E  D E  C O R R E S P O N D A N C E

 

 

F A M I L I A L E

 

 

 

 

 

 

p r e m i è r e  p a r t i e  :  1822-1894

 

 

 

 

F a m i l l e s   L a n d r y   &   J a c q u i l l a t

 

 

 

 

 

Sommaire

 

                                                                                                                                

 

 

1.                     INTRODUCTION                                        

 

 

Portrait d'Alphonse Jacquillat

2.                     années 1822-1824 et 1842                                             

 

 

3.                     1851 à 1859                                                              

 

 

4.                     1860 à 1864                                                              

 

 

5.                     1865-1866                                                                

 

 

6.                     1869-1874                                                                

 

 

7.                     l’année 1875                                                              

 

 

8.                     l’année 1876                                                              

 

 

9.                     l’année 1877                                                              

 

 

10.                   l’année 1878

 

 

11.                   l’année 1879

 

 

12.                   1880 à 1887

 

 

13.                   1891 à 1895

 

 

 

 

 

 

 

INTRODUCTION

 

 

 

Parlant des tableaux hollandais, Claudel note, dans L’Oeil écoute, qu'ils sont aussi vivants que celui qui les regarde. “ Les rangs de ce comité de réception, de cette avant-garde à notre rencontre du tombeau ou, écrit-il, l'appellerai-je l'arrière-garde d'une armée en retraite, s'élèvent l'un au-dessus de l'autre pour envisager d'un regard insistant et collectif quelque chose qui derrière nous est placé à une distance incalculable. ” Incalculable, en effet ! On fera peut-être quelque réflexion du même genre à la lecture des lettres recueillies et  rassemblées ici.

Ces lettres font partie d’un ensemble de lettres et de documents familiaux conservés par plusieurs générations successives et retrouvées dans le grenier d’une maison qui, par héritages successifs n’est pas sortie de la même famille depuis son acquisition par Jean-François Landry en 1825 jusqu’en 2005.

La lecture de la totalité de ces lettres, si elle est parfois fastidieuse lorsqu’un certain nombre de lettres se rapportent au même événement, est, dans l’ensemble extrêmement intéressante, souvent drôle, presque toujours émouvante, parfois bouleversante.

 

La figure centrale, celle qui s’impose par une présence véritablement constante, est Firmin Jacquillat, mon grand-père maternel. Il a reçu et il a transmis ; dans l'intervalle, s'est écoulée une longue existence débutant aux belles années du Second Empire pour se terminer avec le tragique désastre français de 1940.

 

Le centre, c’est aussi Sens. Firmin Jacquillat a habité Sens de 1923 à 1940, dans la maison même où, quelque cent ans plus tôt; demeuraient ses grands-parents et où sa mère avait passé son enfance. C'est à Sens que s'était marie son père en 1850 et c'est à Sens également qu'il mariera sa fille Alice en 1925. Veuf en 1928, il y vivra jusqu'à la guerre avec sa fille Yvonne à qui il la léguera ; puis la maison passera aux Grison. Elle ne sortira de la famille qu’aux premières années du 21e siècle.

Cette maison entre cour et jardin, située au 3 bis rue Edouard Charton - presque en face de la maison natale de celui-ci -, autrefois rue Haut-le-Pied, est cachée derrière de hauts murs et un portail massif comme on en voit beaucoup en parcourant les rues silencieuses de la ville.

 

Firmin Jacquillat est né le 25 juillet 1855 à Paris. Ses parents y demeuraient, depuis leur mariage le 6 août 1850, au 18 boulevard Beaumarchais. Son père exerçait alors la profession de comptable aux Chemins de fer de Paris à Lyon ; il sera nommé chef de gare à Tonnerre l'année suivante, puis à Bercy (gare de marchandises) en janvier 1857.

 

Pour situer Firmin Jacquillat dans sa parenté immédiate, voici deux tableaux montrant ses oncles, tantes, cousins et cousines, l'un du côté de son père, l'autre du côté de sa mère.

 Nous verrons que, tant par l'effet de sa sociabilité naturelle que du fait de son goût pour les recherches généalogiques, Firmin Jacquillat l'étendit considérablement, jusqu'à se situer au centre d'une sorte de forêt parentèliale quasi-innombrable ; ce goût pour la généalogie, associé à un esprit de famille prononcé, lui fut d'ailleurs commun avec beaucoup de ses contemporains.

 

FAMILLE JACQUILLAT

 

 

Edme Jacquillat (1794-1843) épouse en 1821 Geneviève Charlot (1793-1857). Ils ont quatre enfants :

 

Alphonse Jacquillat (1821-1900) ép. Amélie Landry en 1850.

 

Jules Jacquillat (1824-1896) ép., en 1ères noces, Anne Bourbon (1827-1853), puis, en 1854, Héloïse Veuillot (1831-1914).

 

Eugène Jacquillat (1826-1872) ép. en 1857 Clémence Nolot (1834)|

 

Charles Jacquillat (1831-1891) ép. en 1868 Marie-Josèphe dite Maria Gavart (1831-1900).

 

Alphonse Jacquillat eut trois enfants (outre le premier Firmin mort à trois ans) : Firmin, Marie et Henri, nés en 1855, 1856 et 1859.

 

Jules Jacquillat n'a pas d'enfant de sa première femme et seulement une fille, Laure (1855-1928), de sa seconde épouse. Laure épousera, en 1876, Joseph Terrillon (1851-1889) dont elle aura trois enfants : Nelly (1877), Paul (1880) et Marie (1883).

 

Eugène Jacquillat a eu deux enfants, Paul (né en 1859, mort célibataire en 1912) et Marie qui sera soeur de la Charité sous le nom de soeur Delphine (1862-1952).

 

Charles et Maria n’ont pas eu d’enfants.

 

 

FAMILLE LANDRY

 

 

Jean François Landry (1788-1865) a épousé, en 1817, Hélène Victoire Tarbé (1798-1858). Sept enfants :

 

Jeanne dite Jenny Landry (1818-1896) ép. en 1838 Auguste Campmas (1803-1880), directeur des Contributions Directes à Alençon, puis à Rouen.

 

Félicie Landry (1819-1886) ép. en 1841 Eugène Ray (1807-1891), propriétaire aux Riceys (veuf avec un fils, Paul-Emile).

 

Victorine Landry (1821-1911) ép. en 1843 Jules Mauguin, négociant à |Paris.

 

Amélie Landry (1823-1877) ép. à Sens en 1850 en Alphonse Jacquillat (1821-1900).

 

Jules Landry (1824-1882) ép. en 1852 Augustine Payen (1832-1870). Jules Landry fut notaire aux Riceys.

 

Ernest Landry (1827-1902) ép. en 1859 Lucile Dalichamp (1835-|1905). Il fut avoué à Sens, maire de la ville et conseiller général ; c’est à sa veuve que Firmin Jacquillat rachètera la maison de son grand-père en 1907.

 

Caroline Landry (1832-1910) se maria en 1856 avec Félix Maupaté (1826-1904, inspecteur des ports à Meaux.

 

Auguste et Jeanne Campmas eurent deux enfants : Alfred (1840-1929) et Sidonie (1848-1881).

 

Les Ray ont eu trois enfants : Gabrielle (1842-1926) qui épousa Auguste Messager (1831-1886), Ludovic (1843-1926) et Clémence (1849-1917) ; seuls les Messager eurent des descendants.

 

Jules Mauguin a eu trois enfants : Ernest (1844-1930), Lucie (1845-1927) qui épousa Alfred Chevignard (1839-1909), banquier à Dijon, et André (1850-1887).

 

Ernest Landry qui fut maire de Sens et publia, en 1902, l'année de sa mort, un livre sur les Tarbé (tiré à 100 exemplaires seulement), eut trois enfants : Lucien (1860-1885), Georges (1861-1861) et à nouveau Georges (1865-1883).

 

Enfin Félix Maupaté eut deux filles et un fils : Amélie (1857-1860), Félicie (1862-1917) qui épousa Charles Ledru (1850-1907), percepteur à Sens et Gratien (1858-1937) qui fut également féru de généalogie ; nous aurons l'occasion de lire quelques-unes de ses lettres à son cousin germain, Firmin Jacquillat.

 

 

Firmin Jacquillat est mort le 22 juin 1940 à l'hôpital de Joigny, grièvement blessé, en plein exode avec sa famille, au cours d’un bombardement allemand.

 

Les lettres, recueillies à Sens, dans le grenier de la "maison Landry", étaient très soigneusement classées par époques, parfois par scripteur ou par destinataire, chaque paquet enveloppé d'un morceau de papier journal tombant en poussière et soigneusement ficelé ; elles n'auraient sans doute pas encore vu la lumière du jour si mon cousin Bernard Cazenave ne les avait tirées de leur sommeil il y a quelques années pour écrire cette monographie sur les Jacquillat qu'il a si heureusement accompagnée du compte-rendu d'une sorte de pèlerinage aux sources des vieilles demeures retrouvées d'un certain nombre de membres de notre famille.

 

Je voudrais maintenant faire plus pleinement sortir de l'ombre ceux qui nous ont précédés et, pour cela, les laisser se décrire eux-mêmes. Quelle que soit leur longueur et parfois les redites qu'elles comportent, les lettres qui suivent seront citées intégralement. Ainsi l'on verra peut-être se dessiner les caractères, s'affirmer les solidarités familiales, mais aussi les divisions, voire les déchirements, la vie enfin dans ses habitudes journalières comme dans ses moments de crise.

 

La vie de Firmin Jacquillat tiendra tout entière dans cette évocation dont il a lui-même soigneusement conservé la matière, mais on y apercevra également, plus ou moins bien éclairés, tous ceux, et ils sont nombreux, qui, du milieu d'un siècle au milieu de l'autre, l'ont accompagné.

                                                            

Ce fut sans doute un émerveillement pour lui que de découvrir, après la mort de sa mère, en 1877 - il a 22 ans -, puis de son père en 1900 - il en a 45 -, tant de vieilles lettres religieusement conservées : lettres de sa grand'mère et de son grand-père Landry à sa mère  dans les premières années de son mariage, lettres de son père et de sa mère. Celle-ci s'était déjà intéressée à la généalogie familiale à une époque où ces attaches, dans les petites villes de province notamment, étaient très fortes.

Par sa grand'mère Landry, Firmin Jacquillat était apparenté à la famille Tarbé sur les origines de laquelle son oncle Ernest publiait, en 1902, une étude intéressante et documentée aux meilleures sources : c'était ajouter d'un coup aux cousinages indiqués plus haut tous les descendants de Pierre Hardouin Tarbé (1728-1784) et de son épouse Catherine Colombe Pigalle (1731-1820), c’est-à-dire les familles Pommery (et Moreau de Champlieux, de La Barre Duparc, Vanhuffel), Michelin de Choisy (et Laboulaie), Tarbé des Sablons, Tarbé de Vauxclairs (et Brémontier, Le Seure de Senneville, Thion, Baumes, Givelet), Tarbé de Saint-Hardouin (Gaultry, Robin, Guyot, Myon) et, plus lointains encore, les Epoigny, Soulages, Roze etc,... en un mot une bonne partie de la bonne société de Sens, sans parler des Levert plus proches puisque Caroline Levert était la soeur de sa grand'mère Landry.

 

A partir de 1895, année de son second mariage, Firmin Jacquillat a exploré également la généalogie de la famille Garnault. Là aussi, il a recueilli et conservé un certain nombre de documents et de correspondances.

 

A ce fond se sont ajoutées, au fil des années, ses propres lettres, celles de sa femme, celles de Paul Garnault, son beau-frère, de sa soeur Marie et de son beau-frère Victor Jamet, de son frère et de sa belle-soeur, Henri et Marthe Jacquillat, puis celles de ses enfants.

Tout cela forme maintenant un ensemble précieux sur le plan sentimental bien sûr, mais également, comme l'écrit Bernard Cazenave en tête de sa notice "une source inestimable pour l'étude des modes de vie des temps passés" et notamment de la qualité des rapports que pouvaient entretenir des gens dont la parenté se perdait souvent dans la nuit des temps ou, quelquefois, n'avait pas existé ailleurs que dans leur imagination (ainsi en fut-il, en réalité, des familles Garnault et Bouju).

 

C'est de cet ensemble de plusieurs milliers de pièces dont quelque 3000 lettres que nous avons extrait la quasi-totalité des documents publiés ci-après. Nous avons suivi l'ordre chronologique : les premiers éléments remontent à 1840 et les derniers à l'année 1940. Autant que possible, chaque lettre sera accompagnée, sous forme de notes, de quelques mots d'explications permettant d'en mieux comprendre le contenu et surtout de situer les unes par rapport aux autres les personnes auxquelles il est fait allusion.                            

 

                                                                                     Xavier Soleil