Raymond Radiguet

 

 

Raymond Radiguet est né en 1903 au parc Saint-Maur . Aîné de sept enfants, il était le fils du dessinateur Maurice Radiguet. Après l ‘école communale, il passe l’examen des bourses et entre au lycée Charlemagne à Paris. Considéré comme un élève médiocre, il s’adonnait entièrement à la lecture : les écrivains des XVIIe et XVIIIe siècles, notamment la Princesse de Clèves de Mme de Lafayette, puis Stendhal, Proust, et enfin les poètes : Verlaine, Mallarmé, Rimbaud, Lautréamont.

A l’âge de 15 ans, il abandonne définitivement ses études et se lance dans le journalisme. Il se lie avec André Salmon, Max Jacob, Pierre Reverdy, François Bernouard (le futur éditeur, en 1920, de ses poèmes, Les Joues en feu) ; il fait aussi la connaissance des peintres Juan Gris, Picasso, Modigliani, Jean Hugo ; enfin il fréquente les jeunes compositeurs - Milhaud (avec qui il créera la pantomime célèbre Le Bœuf sur le toît), Georges Auric, Francis Poulenc, Honegger et trouve dans leurs oeuvres le même désir d’originalité que chez les peintres et les écrivains.

 

En 1918, il fait une rencontre qui exercera sur sa future carrière une influence prépondérante : on le présente à Jean Cocteau  qui aussitôt devine - « A quoi ? Je me le demande, écrira-t-il plus tard dans La Difficulté d’être. » - un talent caché. Enthousiasmé par les poèmes que Radiguet lui lit, Cocteau le conseille, l’encourage et le fait travailler ; il l’aide ensuite à publier ses vers dans les revues d’avant-garde, notamment dans Sic et dans Littérature.

Ils deviennent inséparables et fondent en mai 1920 une petite revue : Le Coq, d’allure fantaisiste et de caractère essentiellement « avant-garde » à laquelle collaborent, entre autres, Georges Auric, le peintre Roger de la Fresnaye, Paul Morand et Tristan Tzara. Radiguet fait paraître dans le premier numéro un article qui débute par ces mots en grandes capitales : « DEPUIS 1789 ON ME FORCE A PENSER. J’EN AI MAL A LA TETE. » Jean Cocteau y publie des vers et cette critique de la critique : « La critique compare toujours. L’incomparable lui échappe. »

Vers 1921, Radiguet abandonne la vie déréglée qu’il mène depuis quelques années et s’impose une forte discipline intérieure. « Rien de moins ordonné que sa vie extérieure, écrira plus tard Joseph Kessel qui fut aussi son ami, mais rien de plus harmonieux, de plus équilibré, de mieux construit et de mieux protégé que sa vie intérieure. Il peut traîner de bar en bar, ne pas dormir des nuits entières, errer de chambre en chambre d’hôtel, son esprit travaillait avec une lucidité constante, une merveilleuse et sûre logique. »

En septembre 1921, à Piquey, loin de Paris, où l’a entraîné Jean Cocteau il a terminé Le Diable au corps. L’année suivante, au Lavandou cette fois, toujours avec Cocteau et ses amis, il écrit son deuxième et dernier roman Le Bal du Comte d’Orgel.

En 1923, Bernard Grasset lance Le Diable au corps de façon spectaculaire - sur le thème : le premier livre d’un romancier de 17 ans. Devant une telle publicité qu’elle juge de mauvais goût, la critique est surprise, voire moqueuse et hostile. Mais, après la publication, Radiguet reçoit de chaleureuses félicitations d’écrivains tels que Max Jacob, René Benjamin, Henri Massis et Paul Valéry.

Raymond Radiguet est mort le 12 décembre 1923. Avait-il le pressentiment de sa fin prématurée lorsqu’il écrivait dans les dernières pages du Diable au corps : « Un homme désordonné et qui va mourir et ne s’en doute pas met souvent de l’ordre autour de lui. Sa vie change. Il classe ses papiers. Il se lève tôt, il se couche de bonne heure. Il renonce à ses vices. Ainsi sa mort brutale semble-t-elle d’autant plus injuste. Il allait vivre heureux. »

Le Bal du Comte d’Orgel fut publié en 1924 par Bernard Grasset. Dans son émouvante préface, Jean Cocteau évoque la mort de son jeune ami :

 

« Voici ses dernières paroles :

Ecoutez, me dit-il le 9 décembre, écoutez une chose terrible. Dans trois jours je vais être fusillé par les soldats de Dieu ». Comme j’étouffais de larmes, que j’inventais des renseignements contradictoires : « Vos renseignements, continua-t-il, sont moins bons que les miens. L’ordre est donné. J’ai entendu l’ordre. »

Plus tard, il dit encore : Il y a une couleur qui se promène et des gens cachés dans cette couleur.

Je lui demandai s’il fallait les chasser. Il répondit : « Vous ne pouvez pas les chasser, puisque vous ne voyez pas la couleur ».

Ensuite , il sombra.

Il remuait la bouche, il nous nommait, il posait ses regards avec surprise sur sa mère, sur son père, sur ses mains.

Raymond Radiguet commence. »

 

 

 

D’après le livre de Keith Goesch : Raymond Radiguet – étude biographique, bibliographie, textes inédits, avec un avant-propos de Jean Cocteau (La Palatine, 1955).

 

 

Xavier Soleil

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