La Guerre civile perpétuelle

aux origines modernes de la dissociété

Sous la direction de Bernard Dumont, Gilles Dumont et Christophe Réveillard


Les Editions Artège publient un ouvrage de philosophie politique sur un sujet qui provoquera sans doute chez ses lecteurs des résonances de toutes sortes. Il s'agit d'études de différents auteurs – une vingtaine en tout – dont les contributions ont été coordonnées par trois maîtres d'œuvre : Bernard Dumont, rédacteur en chef de la revue Catholica, Gilles Dumont, professeur de droit public à l'université de Nantes, et Christophe Réveillard, historien, directeur de la rédaction de la revue Conflits actuels.

La Guerre est un souci des plus actuels pour toute une école philosophico-historique, et ouvrir un livre dont le titre est La Guerre civile perpétuelle évoque aussitôt en nous le nom d'un auteur, adulé par les uns, contesté par les autres, celui de René Girard. Mais la guerre civile n'est pas la guerre, elle en est même probablement l'inverse. « Les vertus militaires, écrivait Anatole France en 1891, ont enfanté la civilisation tout entière. Industrie, arts, police, tout sort d'elle. » La guerre civile est un suicide de la civilisation, ou plutôt, comme l'écrivait Ronsard en 1564, un « assassinat ».

Cette « guerre civile perpétuelle » n'est pas un leitmotiv de circonstance, mais le résultat de recherches effectuées sur les plans de la philosophie transcendante, de l'économie politique et de l'histoire. Le sous-titre précise l'intention des auteurs rassemblés : rechercher « les origines modernes de la dissociété ». La dissociété, il faut bien le dire, est née de l'abandon de la philosophie classique qui, de Platon et Aristote à Thomas d'Aquin, voyait dans l'amitié le fondement de la cité. Or cet abandon est ancien et de nombreux auteurs l'ont combattu. Charles Maurras, le plus grand penseur politique du siècle dernier, ne l'accepta jamais.

Il est vrai que, comme Daniel Halévy le constatait avec effroi en 1948, tout s'est accéléré et que nous semblons, au seuil du troisième millénaire, emportés dans une spirale infernale. Pour autant tout est-il perdu ? Le totalitarisme ambiant multiforme a-t-il eu définitivement gain de cause, aucune réaction n'est-elle possible ? En d'autres termes, l'histoire est-elle finie et vivons-nous, sans passé ni avenir, dans un présent éternellement décevant ? Certains semblent le croire, qui pensent trouver des planches de salut, qui dans un certain communautarisme, qui dans une invocation rituelle au dernier prétendant au trône de France.

Mais ce n'est pas là l'enseignement de nos maîtres – Balzac, Paul Bourget, René Benjamin, Pie XII, Benoît XVI – pour qui, tant sur le plan politique que religieux, l'espérance a toujours été la vertu suprême. Car « naissance de la modernité » est un euphémisme pour dire « retour à la barbarie ». Un exemple particulièrement instructif de l'emploi de cette figure de style est donné par l'analyse d'Aude de Kerros de ce qui se fait appeler l'Art Contemporain.

Ces études croisées font parfaitement ressortir que la guerre civile n'est pas une guerre au sens habituel du terme, mais une sorte de coup d'état permanent, d'autant plus facile à réaliser dans une société décomposée qu'elle a été au préalable entièrement vampirisée par un état pléthorique, à la fois anarchique et totalitaire, depuis longtemps imprégné par les idéologies les plus négatives des impératifs vitaux de la nature humaine.

Tout a été fait en France, et peut-être dans une bonne partie du monde occidental, depuis quarante ans, pour que la voie soit libre à cette ultime attaque.

Que ceux qui prévoient y pourvoient !


Xavier Soleil


Editions Artège, 11 rue du Bastion Saint-François 66000 Perpignan – 17 euros.

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