Défense des Humanités Gréco-Latines discours prononcé à la Chambre des Députés

le vingt-sept juin 1922 par Léon Daudet



En 1933, Léon Daudet rassembla, dans Député de Paris, ses souvenirs du temps où il avait siégé à la Chambre des Députés, de 1919 à 1924. C’était alors le temps de la Chambre dite bleu horizon qui, si elle compta quelques hommes courageux et lucides, se laissa pourtant peu à peu dominer par les grands maîtres du jeu parlementaire de l’époque, les Millerand, Briand, Poincaré ou Barthou.


C’est un peu en marge de ce marais qu’à l’initiative de Léon Daudet et avec l’appui du ministre de l’Instruction publique Léon Bérard un débat d’idées sur l’importance des études gréco-latines rassembla le 27 juin 1922 quelques députés de toutes couleurs politiques, du socialiste Bracke-Desrousseaux au monarchiste Xavier Vallat en passant par Edouard Herriot et Ferdinand Buisson. Les « décrets Bérard » allaient rendre l’étude du latin obligatoire dans l’enseignement secondaire ; las, ils furent rapportés par son successeur, sous un gouvernement dirigé par Edouard Herriot.

« Les rares survivants de cette époque, écrivait en 1952 Xavier Vallat à François Daudet, se rappellent le charme des longs débats athéniens où Léon Daudet aux côtés de Léon Bérard et du socialiste hellénisant Bracke, batailla pour les classiques contre Edouard Herriot ».

Ces débats, la revue Lovendrin a eu l’heureuse idée d’y consacrer un numéro entier (1). On y retrouvera la verve et, souvent, le calme - olympien ! - de Léon Daudet, qui nous entraîne de Rabelais et Montaigne à Kant et Fichte… et même Burdeau, dont il fut l’élève - « je suis l’élève de l’ancien président de cette Chambre, s’écrit-il, de Burdeau, que, entre parenthèses, j’aimais beaucoup… » Les fondements de l’instruction publique qui jusqu’en 1914 paraissaient inébranlables – primat des sciences sur les humanités, subordination de l’homme à la nature et de la réflexion française à la philosophie allemande, comme d’ailleurs de la morale chrétienne à l’éthique kantienne - semblent, au moins pour un temps, remis en cause. Lavisse lui-même renonce au modèle allemand, car, commente Gaston Deschamps, « aujourd’hui, les temps sont changés. L’heure de cette influence trop longtemps prédominante est définitivement passée. Il y a eu Sadowa ; il y a eu Sedan ; mais il y a la Marne ».

Daudet ne se laisse impressionner ni par les attaques d’Herriot contre la culture gréco-latine - il proposera même, in fine, de faire bénéficier les élèves de l’école primaire d’un début d’enseignement du latin et, dit-il, si on ne le fait pas, « les enfants du peuple ne sauront jamais les humanités. Cela fera toujours une barrière que, pour ma part, je trouve odieuse, et une perte effroyable de substance » - ni par les insidieuses observations du Président de la Ligue des Droits de l’Homme sur l’inutilité de la morale chrétienne, car, « si, comme le fait observer un des participants au débat, « c’est avec cette morale kantienne qui a été enseignée dans nos écoles que nous sommes allés à la victoire de 1918 … c’est surtout la famille française qui a préparé les soldats français ; c’est surtout au sein de la famille qu’on prend des leçons de morale ».


On lira avec attention et intérêt ces pages pleines de finesse où l’orateur distingue l’instruction de l’esprit et l’éducation de l’âme ; souligne la prépondérance du thème sur la version pour l’apprentissage de l’effort intellectuel ; et semble réconcilier, l’espace d’une matinée, des adversaires politiques autour d’une controverse qu’il déclare d’entrée « une question nationale ». Léon Daudet appelait à « l’union sacrée » autour d’une réforme d’importance vitale pour la France ; elle ne tarda guère à être sapée par des interventions successives qui contribuèrent peu à peu à faire des petits Français de petits apatrides.



(1) Lovendrin revue bimestrielle, 41 rue Vieille du Temple 75004 Paris (abonnement 16 euros, par chèque à l’ordre de Samuel Marttin)

Reconquête août-septembre 2007

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